Programmation à l’École une réussite ?

decodageDans le numéro de Femme Actuelle N°1676 du 7 au 13 novembre 2016, page 5Clémence Levasseur, donne la parole au « pour » et au « contre » sur l’arrivée du code informatique arrive à l’école. Une démarche citoyenne qui correspond à la nécessité d’informer sur ce sujet à propos duquel les parents et les enseignants se posent encore beaucoup de questions…

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Au-delà du travail professionnel de synthèse journalistique qui respecte la liberté d’expression des deux interlocuteurs, ici, à la manière des décodeurs de l’information, nous vous proposons d’en venir aux faits. Par politesse, regardons d’abord le point de vue le plus éloigné du nôtre, en répondant à Philippe Bihouix (P.B) dont le travail fait référence sur un autre sujet d’importance : les low-tech.

Non ce n’est pas une réussite.

Ce que P.B dit :

« Les cours de code ne sont pas enseignés partout »

Pourquoi c’est bien ?

L’idée est d’introduire progressivement l’enseignement du code au fur et à mesure que les enseignants se forment, par exemple avec Class’Code, en commençant avec des activités clé en main, et en lien avec les autres enseignements fondamentaux, comme ce qui s’est fait dans des pays voisins. Cela permet de continuer à offrir progressivement le meilleur à nos enfants, sans en faire les cobayes de ce nouvel enseignement.

À terme, bien entendu, le fait que ce soit dans les nouveaux programmes scolaires va permettre que ce soit un enseignement pour toutes et tous.

Ce que P.B dit :

« En pratique, les cours de code prennent la forme d’exercices de maths adaptés, avec des organigrammes, par exemple, plutôt qu’une utilisation de logiciel »

Pourquoi cela relève-t-il d’une méconnaissance du sujet ?

Aujourd’hui, on s’initie à l’informatique avec des outils graphiques et ludiques scientifiquement validés auprès de milliers d’enfants, avec Scratch notamment, mais on s’initie d’abord avec des activités débranchées, sans ordinateur (avec des jeux éducatifs qui font découvrir les notions comme la programmation), c’est une démarche de low-tech. L’organigramme, pour apprendre l’informatique, ou pour définir des applications informatiques professionnelles, n’est quasiment plus utilisé depuis plusieurs décennies.

Informatique et mathématiques ont beaucoup de lien vertueux et des intersections, mais elles sont deux disciplines différentes. L’informatique est une science et une technologie qui a pour objet les machines, les algorithmes, l’information et les langages.

Personne ne parle ici d’utilisation de logiciels, c’est-à-dire d’utiliser encore plus les écrans, mais bien de s’initier à la pensée informatique justement pour maîtriser, et pas uniquement consommer, les produits numériques.

Ce que P.B dit :

« Ces connaissances informatiques seront déjà dépassées quand ils [les jeunes] arriveront sur le marché du travail »

Pourquoi cela relève-t-il d’une méconnaissance du sujet?

Les concepts informatiques comme la notion de machine ou la notion moderne d’algorithme sont stables depuis plus d’un demi-siècle, surtout abordés au stade de l’initiation.

De plus, il ne s’agit en aucun cas d’un apprentissage professionnalisant, mais d’apprendre aux enfants de primaire ou collège les fondements pour vivre et bien vivre dans l’univers numérique, qu’ils deviennent une future garagiste, ou un futur fleuriste.

Ce que P.B a dit :

« [à propos des] savoirs fondamentaux … le code va venir s’ajouter aux programmes surchargés »

Pourquoi c’est plutôt inexact ?

L’apprentissage du code est en soi un savoir fondamental pour toute personne vivant à l’âge du numérique. C’est d’ailleurs d’abord un savoir-faire, on apprend en faisant, au service de la construction d’un savoir-être.

Il ne vient pas se surajouter, mais se mettre au service des autres savoirs fondamentaux. Ainsi apprendre le code permet de remotiver les élèves, leur montre l’intérêt quotidien de maîtriser les autres savoirs, offre un éclairage différent sur des notions, par exemple, de grammaire ou de mathématiques.

Ce que P.B a dit :

« les profs ne sont pas enchantés par ce projet »

Pourquoi c’est invérifiable ?

Nous sommes quelques semaines après la rentrée, et cet enseignement peut démarrer à différents moments de l’année suivant l’organisation pédagogique. Ce sera un vrai travail à grande échelle que d’évaluer les choses au-delà de cas particuliers et quiconque s’exprime maintenant formule une opinion qui ne peut s’appuyer sur des faits.

Côté Class’Code, oui, c’est une réussite.

Ce que Thierry Vieville (T.V) a dit :

« plus de 15000 profs se sont déjà inscrits sur nos plateformes, et plus de 5000 ont commencé à se former »

D’où viennent ces chiffres ?

C’est le nombre d’inscrits début septembre sur les plateformes :
– de formation en ligne librement accessible,
– de gestion des temps de rencontre entre professionnels de l’éducation pour s’entraider, être accompagné, partager les meilleurs pratiques,
– de ressources pour préparer les activités d’initiation au code,
contribuant à ce que les professeur-e-s puissent travailler dans les meilleures conditions.

Ce que T.V a dit :

« devant un écran, tous les enfants sont égaux, quelle que soit leur origine sociale »

Pourquoi c’est plutôt ambigu et incomplet ?

Dans l’idéal, c’est ce que l’enseignement du code doit permettre.

Et en un sens, il est vrai que l’ordinateur ne juge pas et que chaque enfant peut retenter sa chance, persévérer jusqu’à la réussite, devant une machine qui reste neutre.

Mais l’égalité devant les écrans est loin d’exister aujourd’hui : il y a un vrai fossé entre les familles où par exemple les parents partagent avec leurs enfants les temps devant les écrans, cherchent ensemble à comprendre ou à découvrir, et les familles où on laisse les enfants devant les écrans, par manque de disponibilité ou de compétences.

De plus, il est une inégalité majeure qui n’est pas citée, celle des genres : il y a de très fortes inégalité garçons-filles en informatique alors que dès qu’une initiative comme le Castor Informatique permet à toutes et tous de participer, on constate que ces inégalités disparaissent (en 2015, près de 350.000 jeunes ont été initiés à l’informatique sous forme ludique dont 49% de filles).

Ce que T.V a dit :

« l’idée est de former des citoyens capable de décrypter le numérique »

De quoi s’agit-il concrètement ?

Ce sont des ateliers de découverte de l’informatique : programmation créative, codage de l’information, robotique ludique, fonctionnement des réseaux pour les plus grands et discussions sur les enjeux sociétaux.

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2 commentaires

  1. Philippe Bihouix répond «[merci de m’avoir informé de ce billet], je persiste à penser :
    – Que nos enfants passent déjà trop de temps devant les écrans, et qu’ajouter du temps d’écran supplémentaire à l’école et en dehors de l’école n’est pas une bonne chose (même si, oui, j’ai bien compris qu’on peut faire aussi des cours de programmation sans écran)
    – Qu’il est ridicule d’initier les enfants de CM1 à des cours de ‘langage informatique’ (sic ; pour moi cela ne veut rien dire), à un âge où ils ne maîtrisent pas encore les basiques de leur langue maternelle…
    – Que ‘faire du Scratch’ (où d’autres exercices plus évolués, en avançant en âge…) ne les aidera en rien à comprendre le fonctionnement de leurs outils numériques … ou la manière dont les applications Big Data et Google les mangeront à la sauce marketing. Est-ce qu’on apprend la mécanique pour conduire une voiture, savoir que ça peut être dangereux, etc. ? Non, et c’est peut-être dommage d’ailleurs 😉

  2. On apporte juste deux précisions factuelles à cette réponse
    – Il n y a PAS d’apprentissage de langage informatique en primaire https://pixees.fr/wp-content/uploads/2015/11/%C3%80-propos-des-nv-programmes-scolaires.pdf
    – La position qu’il n’y a pas besoin d’apprendre« le code´´ (indispensable pour piger comment marche Google et ce qu’est le BigData (c’est du code !)) est justement la position défendue par les société dominantes qui veulent surtout pas de « bricoleurs´´ du numérique, juste des consommanteurs.

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