Témoignage: Comment PLAIRE avec la robotique ludique ?

Bonjour Marie-Christine, peux-tu te présenter et présenter le projet ?

Bonjour Magali. Je suis Référente numérique et Professeure des Écoles Maître Formateur dans la circonscription d’Évian les Bains, et ce qui va te PLAIRE c’est que j’ai vécu la même découverte que toi.

À  l’origine, j’ai rencontré les petits robots Thymio et les activités débranchées à graine de science en 2014 avec Anne-Hélène Montfort une collègue professeure des écoles et nous avons testé quelques séances dans sa classe à Evian. On voyait que la programmation allait entrer dans les écoles (c’est le cas dans les nouveaux programmes de 2016), alors avec mes deux collègues Conseillères Pédagogiques Frédérique Lazzarotto et Elisabeth Tournier, nous avons commencé toutes les trois à monter un projet avec des enseignants qui souhaitaient nous suivre. Nous sommes allés chercher une douzaine d’enseignants qui n’avaient d’ailleurs pas forcément d’appétence particulière pour l’informatique, mais étaient surtout intéressés par l’aspect innovant de la démarche, et nous avons eu toute la confiance de l’Inspecteur de la Circonscription M Richard Martinez qui nous a permis de monter cette formation, inscrite au plan de formation continue. Nous avons proposé  une formation de 3h, début octobre où nous avons présenté et vécu  des activités débranchées.  Les 12 enseignant(e)s ont pu alors commencer ces activités débranchées dans leurs classe.(machine à trier, jeu de nim…) Pendant ce temps, nous les avons accompagnés, visités dans leurs classes, photographiés, filmés en situation avec les élèves. Nous avons recherché le prêt de robots Thymios auprès de l’INRIA, de l’EPFL (association Mobsya),  de la Maison pour la sciences Alpes Dauphiné.  Après une formation trois heures sur Thymio, en janvier, toujours pour notre groupes de 12 enseignants, un prêt de trois semaines de six robots, pour dix-sept classes engagées (car nos 12 enseignants avaient déjà fait des émules…)   a été fait.  Nous leur avons alors proposé une participation au festival que nous projetons d’organiser.

Et au moins d’avril  nous avons mis en place un festival de robotique scolaire avec les créations et innovations de tous ces élèves et enseignants. Cette journée a eu lieu un mercredi, ce qui a permis le matin des échanges entre les élèves, des rencontres avec des scientifiques, informaticiens… et l’après-midi d’ouvrir au public : parents, élus, enseignants… On a vu de vrais travaux interdisciplinaires : littérature, grammaire, logique, mathématique, arts plastiques, …. La preuve que toutes ces compétences se retrouvaient dans les travaux proposés par les élèves.

Et au delà de ce travail de pionniers ?

Apprendre la notion d’algorithme en faisant, ici on joue au jeu de Nim ©PLAIRE

Ce groupe continue de travailler cette année sur les liens entre les concepts informatiques et les liens pédagogiques avec le programme, on est en à décliner une progression à travers les cycles scolaires. Et nous sommes en cours de création une grille d’évaluation en 7 niveaux de compétences pour permettre aux enfants de s’auto-évaluer sur les compétences acquises.

Ce projet est renommé PLAIRE parce que cela a l’air de plaire 🙂 mais surtout pour mettre en avant la notion de Pensée Logique, de démarche Algorithmique, d’Informatique.  (Pensée Logique Algorithmes et Informatique des Rob’o d’Evian). On ne va pas surtout pas faire de nos élèves des programmeurs, mais des enfants qui comprennent l’informatique, et cette pensée permet de résoudre des problèmes ailleurs qu’au niveau des ordinateurs, dès lors qu’on a des problèmes concrets. On parle de curiosité informatique : pour accéder au numérique, il faut le comprendre et acquérir cette capacité à aller chercher des solutions. On se retrouve  avec des élèves qui persévèrent et veulent aller au bout de ce qu’ils font : d’un bug ou d’un défi. Il y là quelque chose qui les poussent à chercher une solution, non pas isolément, mais en coopération avec les autres, c’est aussi un apprentissage du faire ensemble. Et cette force coopérative se retrouve aussi au niveau de l’équipe des professeurs qui ont abordés ensemble ces défis, et forment désormais un groupe pérenne, dynamique et toujours novateur.

Cela change l’éclairage pédagogique alors ?

Le robotique ludique et éducative pour toutes et tous ©PLAIRE

Le rôle du maître n’est plus tout à fait le même.Il joue le rôle de médiateur, facilitateur à partir du questionnement des élèves, il va aider à la mise en œuvre des expérimentations, il guide les recherches et veille à ce que chaque élève puisse apprendre dans de bonnes conditions. Ce n’est pas l’enseignant qui détient tout le savoir car sur ce sujet ils ne sont pas experts. Ils sont donc dans une démarche d’apprendre ensemble complètement vertueuse où la relation apprenants et enseignants et la relation au savoir est bouleversée. “Si tu me dis , j’oublie, si tu m’enseignes je me souviens, si tu m’impliques j’apprends.” dit Benjamin Franklin à ce propos.

C’est la démarche scientifique qui est explorée lors de ces activités, elle articule apprentissages scientifiques, maîtrise des langages et éducation à la citoyenneté. Les élèves sont sollicités à l’oral, ils expliquent les procédures de recherches. Ils construisent et organisent, mettent en place une pensée qui les aident à progresser. De plus, l’erreur n’est pas considérée comme une déficience de la part de l’élève mais elle est au cœur du processus d’apprentissage puisqu’elle est utilisée pour émettre de nouvelles hypothèses qui seront testées et vérifiées à leur tour. Et enfin, la plupart du temps, c’est l’objet tangible : le robot,  qui devient validateur.

Du côté des programmes scolaires, on travaille sur les déplacements qui sont un élément explicite du programme en mathématiques, on voit émerger la capacité à coder les déplacements. Voilà que la notion de rotation s’ajoute aux déplacements, qu’à cela ne tienne, elle est aussi intégrée par les enfants. Et d’autant mieux intégrée, car les élèves l’ont vécu avec leur corps : le jeu du robot idiot  permet d’aborder toutes les facettes de ces déplacements : les repères allocentrés ou autocentrés.  Autre exemple, avec les activités débranchées comme la machine à trier (réseau de tri) ou le jeu de Nim, on offre un levier concret et ludique pour s’approprier (comprendre veut bien dire « prendre avec soi ») la notion d’algorithme.

Cette démarche ouvre à une question : qu’est ce qui est un robot ? Nous avons une réponse: il lui faut des capteurs, un processeur et des actionneurs, pour être vraiment un système en interaction avec son environnement (ainsi le Blue-bot n’est pas un robot puisqu’il n’a pas de capteur, mais reste un objet connecté programmable très intéressant à utiliser). Des jeux commerciaux [Hatchimal] sont de vrais robots, pour apprendre aussi à la maison. Et nous commençons à essayer aussi les drones, qui devraient permettre des déplacements en 3D. Alors est-ce que ces robots deviendraient plus intelligents que nous ? Certes pas ! Mais il y a une peur à dépasser pour ne plus le croire.

Mais vous avez plein de moyens pour ça !

Thymiolaby où on apprend en expérimentant ©PLAIRE

Oui au niveau des moyens, des heures supplémentaires ont été données  pour les enseignants pionniers par le Délégué Académique au Numérique, M Yael Briswalter. Notre DAN adjoint 1er degré ,M Marc Zanoni suit aussi de près ce projet, et à la vue du succès, il a pu financer une mallette de six Thymio pour chaque circonscription de notre département. Les enseignants sont défrayés quand ils viennent, et ils se forment sur leur temps dédié à la formation continue (plan de formation de circonscription). La ville d’Evian prête Palais des Festivités et offre la logistique pour la journée du festival (nous économisant des centaines d’euros). Les sociétés des Eaux d’Évian et ACTIN ont aussi apporté un petit sponsoring. Pour démarrer, une trentaine de robots Thymio ont été prêtés par Inria, à la Maison la science Alpes-Dauphiné, et l’EPFL qui a conçu les Thymios sous l’égide du professeur Francesco Mondada.

Nous avons pu partager, mutualiser notre formation à l’occasion de formations de formateurs, (nous avons maintenant un groupe ressources Code/programmation au sein du groupe sciences départemental mené par l’Inspecteur de l’Education Nationale  M Eric Sujkowski) en Haute-Savoie (organisation DSDEN74).

Pour les robots…Thymio reste notre favori ! (avec la prise en main Inirobot). Nous en avons 12 qui tournent en 2 malettes de 6 dans nos classes par périodes de 3 semaines, (car la formation se poursuit, pour atteindre bientôt 100% de nos enseignants de cycle 3).

Mais pour en être persuadés, et afin d’élargir nos compétences, nous travaillons avec toutes les classes du cycle 1 au cycle 3, avec d’autres robots parfois : Cubetto, Bluebot, Inobot, Ozobot…(la plupart nous sont prêtés par la société Easytis, et quelques uns par Génération5 et A4technologie, tel Mbot, Loupiots, …) qui permettent des comparaisons, de ré- investirent les compétences dans la programmations de ces nouveaux objets. Quelques collègues ont aussi utilisé Scratch pour prolonger ou varier les supports.

Plus de 900 élèves auront cette année pu manipuler, coder, programmer un objet tangible, un doudou pédagogique !

Et pour qui n’est pas comme vous des pionnières, comment Class´Code pourrait aider ?

Le logiciel Aseba pour programmer des robots Thymio ©PLAIRE

Des enseignants que nous connaissons sont allés sur Class´Code pour compléter leurs formations. J’ai aussi découvert quelques enseignants qui ont commencé à travailler à la programmation grâce à «12,3,codez » ou https://classcode.fr. J’ai moi-même fait le 1er module. Dès les premières activités vues en ligne on peut tester dans la classe. Mais l’apprentissage en ligne reste individuel, on a l’impression d’être seul au monde.

Il faut plus de liens entre les personnes, mettre en contact les personnes, prévoir des présentiels proches des gens. À défaut cela pourrait être un échange par mail ou téléphone ou via un système de visio comme https://talky.io/classcode. Le nombre de personne idéales pour un groupe qui se rencontre et s’entraide au cours du temps est d’une douzaine.

Je propose aussi que Class´Code partage plus des capsules vidéos sur ce qui se fait en classe, les enseignants sont toujours friands d’aller s’inspirer de ce qui se fait dans la classe des autres collègues. D’ailleurs nous mettons en partage ces vidéos des Rob’O d’Evian… des vidéos mises en ligne…d’autres à venir (La démarche scientifique, Thymio dans les classes, La machine à trier, L’ile au trésor, à  venir Le crêpier psychorigide et les marmottes au sommeil léger). On est aussi sur le fait que les enseignants ont compris qu’ils peuvent innover et travailler de manière différente, qu’ils peuvent se former en ligne quand ils veulent, doucement au fil du temps. Perdre du temps au départ leur permet d’en gagner énormément après, par exemple sur la préparation de leurs activités. Les enseignants de ma circonscription ont aussi au départ eu des heures supplémentaires, c’est un vrai levier et une reconnaissance.

Le mot de la fin ?

Quelle fin ?…l’aventure continue. En ce mois de juin 2017, 5 rencontres sont prévues entre classes ou inter école, sous la forme de marchés de connaissances, ou de mini festival. Rendez-vous au festival ROB’O d’EVIAN 2018 ! Osez cette curiosité informatique ! Suivez-nous sur notre page web et sur  Twitter  #PLAIRE.

Marie-Christine Cosson.

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